Récit de mon Grand Oral : Préparation et passage

Jeudi 24 Novembre 2016, 14h00 : Je ferme ma valise. Pas de maillots de bain ni de crème solaire et je suis loin de partir aux Maldives. Je pars pour le Grand Oral. L'épreuve finale qui vient sanctionner l'examen du CRFPA.  

Je suis convoqué pour 15h. Dans un premier temps, pendant 1h, je vais m'enfermer dans une salle pour traiter d'un sujet afférent aux libertés publiques.

14h45, je suis devant la salle. Nous sommes trois à attendre. Le jeu est le suivant : Tous les 3, nous allons composer sur le même sujet au même moment. Nous serons ensuite chacun affecté à un jury différent. Nous nous rappelons les sujets déjà tombé :  la CEDH est-elle une institution nécessaire et légitime ; Vêtement et religion ; une liberté peut-elle être absolue..

Nous avons eu connaissance de la composition de notre jury quelques jours plus tôt par voie d'affichage. J'ai "hérité" d'une avocate en droit public (je suis privatiste..), d'un ancien juge d'instruction et d'un universitaire. Ce dernier m'a déjà enseigné des cours à la faculté et il est réputé pour être "juste".

14h55 : Il n'y a pas de retard. Nous entrons tous les 3 dans la salle de préparation. D'autres sont déjà assis et composent. Ils passeront juste avant nous, ils leur restent 30 minutes. On ne les voit pratiquement plus. Des Codes partout. Tout autour d'eux.

Nous approchons de la secrétaire de l'IEJ. En face d'elle des enveloppes Kraft et à l'intérieur, des petits papiers comprenant autant de sujets. L'un d'entre nous va avoir le "privilège" de tirer une enveloppe puis un sujet pour nous trois. Un supplice. La secrétaire nous demande d'attendre. 15h. On se regarde. Qui va tirer le sujet qui, quand même, viendra sceller notre avenir ? Je m'y refuse intérieurement. Cela a dû se voir. J'ai peut-être fait un pas en arrière inconsciemment. La téméraire du groupe tend le bras, cela prend deux secondes. La secrétaire prend le petit bout de papier. Le déplie. Séquence insoutenable et interminable. Elle nous tend le sujet et nous le lit :

" Existe-t-il un droit à ne pas travailler"

Je ne suis pas surpris. Je suis même plutôt content. C'est un sujet que j'avais envisagé car j'avais travaillé les annales de ma faculté sur 4 ans. Il y était. Pour chaque sujet, j'avais construit un plan détaillé. Un travail de forçat réalisé un peu dans la précipitation mais qui aura finit par payer.

Nous allons nous rasseoir à nos places. J'ai l'impression de courir jusqu'à ma place pour ne pas perdre de temps. Plus tard un ami passera à côté de moi, il venait de terminer son grand oral, en me souhaitant bon courage. Je ne l'ai même pas vu ni entendu. Il était pourtant assis à côté de moi au début. Aucun souvenir.

La préparation

J'ai sélectionné mes codes. Je vais avoir besoin du Code du Travail, du Code Pénal et de l'Oberdorff. Beaucoup de Codes ne me serviront finalement à rien. Tant pis, ils m'auront rassuré.

J'ai une heure pour construire mon plan et me souvenir. Le droit de grève d'abord. Le principe de continuité du service public, les limites au droit de grève avec la faute lourde de grève.. Tout cela englobe ma première partie :  le droit de ne pas travailler pour des raisons collectives.

 Ensuite, l'interdiction du travail forcé et l’article 225-13 du Code pénal qui punit de 2 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende « le fait d’obtenir d’une personne, en abusant de sa vulnérabilité ou de sa situation de dépendance, la fourniture de services non rétribués ou en échange d’une rétribution manifestement sans rapport avec l’importance du travail accompli ». Le droit de refuser un travail, le droit de mettre fin unilatéralement à une relation de travail. le libre choix de son activité professionnelle et ses limites : l'obligation de rechercher un emploi… Cela sera ma seconde partie : le droit de ne pas travailler pour des raisons individuelles.

Mon plan est terminé. J'ai passé 45 minutes. Il me reste du temps. Je fais une relecture dans ma tête. Je m'imagine devant le jury. Non, je préfère ne pas imaginer.

Après cette préparation, je suis plutôt content de moi. J'ai réussi à mobiliser mes connaissances. Je suis satisfait du plan. Mais j'ai l'impression qu'il manque quelque chose.. (teasing teasing..)

Bref, il est temps de se déplacer vers la salle d'examen. On m'a demandé d'attendre. Le président du jury viendra me chercher. L'étudiant passant avant moi sort. On ne se parle pas. Ce n'est pas vraiment le moment.

 Le passage

1 – Première partie : l'exposé de 15 minutes 

La porte s'ouvre. Le Président du Jury me demande d'entrer. Je salue d'un " Bonjour Monsieur. Bonjour Madame" le reste du jury. J'ai l'impression d'avoir loupé les règles de politesse. Je me rappelle au dernier moment de ne pas m'asseoir avant que le Président ne me le propose. Je me tiens droit. Mes mains sont à plat sur ma table.

J'attends. Le Président revient vers moi. Je lui rappelle mon sujet. Il m'indique que je peux débuter. J'introduit mon sujet "Monsieur Le Président, Madame, Monsieur les membres du jury (..)" (Je pense qu'il faudra un article complet sur le blog pour vous parler du choix de la phrase introductive au Grand Oral à commencer par savoir qui est réellement le Président de votre Jury 😉 )

Ils notent beaucoup. Je n'oublie pas de faire des pauses pour leur laisser le temps de noter. Cela me permet également de gagner un peu de temps. J'ai peur de ne pas tenir 15 minutes. Ils m'écoutent. J'essaye de captiver leur regard. Je les regarde tous un par un. La prépa m'avait appris à bien distribuer mon regard.

Je conclu mon exposé par un " existe-t-il un droit à la paresse ?". Lancé fièrement devant le jury mais avec une certaine appréhension. Petit sourire esquissé en coin par les membres du jury. Touché.

13 minutes viennent de s'écouler. Je m'en inquiète. J'avais préalablement déposé ma montre sur le coin extrême gauche de la table. Je vois que l'aiguille n'est pas sur le quart. Elle est un peu avant. Il doit être 16h13. J'angoisse car je sais que les 17 prochaines minutes sont aussi décisives. Il va falloir se justifier, compléter, argumenter, défendre son bout de gras et répondre à des questions relatives à la protection des libertés fondamentales .

2 – la discussion avec le jury 

Le jury décide de reprendre mon sujet. Il y a des choses à redire visiblement. L'avocate en droit public m'interroge : "Pourquoi ne pas avoir parlé des SDF et des rentiers ?". Excellente question. Je ne peux que le constater. Cela commence mal.

Le Président prend la suite : " Vous êtes au XVIIIème siècle, vous passez le Grand Oral du CRFPA et le jury vous repose la question "Existe-t-il un droit à ne pas travailler" que répondez-vous ?". J'hésite mais je vois où l'Universitaire veut m'emmener. Un peu d'histoire. Au XVIIIème siècle, la "normalité" était de ne pas travailler. Je réponds.

D'autres questions arrivent. Je dois me justifier sur une phrase que j'ai prononcé. J'ai du mal mais je tiens bon. J'explique mon point de vue à nouveau. Ils n'ont pas l'air vraiment convaincu. Mais je n'ai pas lâché.

Le magistrat me demande enfin un état du droit positif en matière de GPA. Je connais. Je récite.

Ils me remercient. Chaleureusement. Je suis sur le grille depuis 30 minutes. C'est le moment de sortir. Je sais que mon Grand Oral s'est plutôt bien passé. Je suis juste inquiet de la demande de clarification. J'ai peiné à me justifier. Je sors. Les remercie à mon tour. (Fallait-il les remercier ? Paraît-il qu'on ne remercie pas le jury comme on ne remercie par un magistrat de nous avoir écouté après sa plaidoirie.. Erreur de débutant 🙂 )

Peu importe, l'épreuve du Grand Oral vient de se terminer.

 

 

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